peinture-collage

         

photographisme

Des surprises, de l'imaginaire, des portraits raconteurs, un espace graphique, une relecture complice pour se tirer le portrait en nous regardant dans le miroir…

Ici, tout commence par la matière papier qui, de manière aléatoire, s’amoncelle et se croise comme une couleur-pâte donnant vie à des rencontres imprévues. Vieux journaux des années cinquante ou même plus anciens, morceaux de publicités pour des produits disparus depuis longtemps, pages déchirées de livres glanés au cours de vide-greniers, bouts de papiers trouvés le long de pérégrinations…, tout est prétexte à créer cette base hétéroclite, riche et dense. 
Le dessin et le pinceau, l'estompage, le grattage, les couleurs franches, les jeux de pleins et de déliés, de négatif ou de positif révèlent peu à peu ces hasards graphiques. Et le regard découvre ce que l’oeil avait vu sans comprendre, premier spectateur et acteur de cette re-lecture.
Les sujets restent flottants, livrant leur langage de labyrinthes oniriques, leur poésie de rencontres. Îlots de mots, double sens, rapprochements de détails, associations ludiques, ces principes narratifs ouvrent toutes les lectures possibles et laissent libre cours à sa propre interprétation ; sans oublier le plaisir de les avoir créés et les belles rencontres qu’elles ont révélées. Prendre un détail et s’en aller plus loin.
 

Des histoires, des rencontres, à chaque fois le même jour ou le même lieu, un passage, une poésie née de cette proposition d'écriture jamais complètement gratuite…

Un peu comme tout le monde, j’ai toujours plus ou moins photographié, accumulant pourtant des milliers de clichés depuis le premier appareil photo de mes sept ans. Mes études aux Arts déco ont structuré et approfondi cette envie, créant les bases essentielles de ce besoin narratif.
Lorsque l’on m’a demandé de montrer un ensemble d’images la première fois à l’occasion d’une exposition, l’idée m’est venue aussitôt de présenter ce partage en trois-quarts/un quart pour créer dans chaque ensemble une dynamique graphique et narrative. Dans une partie un détail de l’autre, un lien formel ou historique, un rapprochement géographique (même jour et/ou même lieu), petit jeu de relecture poétique d’archives personnelles, principe d’alerte ludique qui, au-delà d’une certaine esthétique, interrogent le regard et prolonge la curiosité.
Début de séquence, cut entre deux scènes d’un fil(m) à poursuivre, cette composition imposée crée ainsi une unité narrative entre des compositions éloignées, une passerelle dynamique du noir & blanc à la couleur, sorte de poème suspendu que seule la lecture personnelle interroge.
Des prises de vues que tout éloigne forment alors un ensemble cohérent, une unité graphique, une communauté d’écriture. L’histoire peut se raconter de plein de façon selon l’accrochage, suite logique ou jeu de cache-cache entre les différents sujets. Peu importe le lieu, peu importe la technique - surtout pas finalement - ou la beauté et l’intérêt du cliché.
Ce qui m’intéresse c’est ce que ça raconte, ce qui interpelle notre regard, qui oblige à pénétrer dans une narration explicative. Ou pas. Interrogation, questionnement, échange, l’étrange équilibre des éléments entraîne forcément cette approche active. Une position d’acteur-créateur et non pas simplement de spectateur. Et un constat : à part quelques détails furtifs, ces paysages demeurent étrangement désertés, en suspend, comme si l’unique présence humaine restait le seul regardant, posant sur ces décors leur propre imaginaire, spectateur-acteur d’une re-création.